vendredi 9 mars 2007

Attention à la dépendance !

Cet article est paru sous ma plume dans le magazine Live Poker n°5 (mars-avril 2007). Je publie ici sa version intégrale.



Comme tout jeu d’argent, le poker peut rendre accro. Quand la passion tourne à l’obsession, le risque est grand de perdre le contrôle et de tomber dans une spirale d’auto-destruction dont les conséquences sont parfois dramatiques.

C’est bien connu, le poker ne peut se réduire à un jeu de hasard. Subtil et complexe, il est à priori moins enclin à entraîner une dépendance que les machines à sous et autres loteries. Encore faut-il ne pas se laisser submerger par le désir de fortune et de gloire... Car l’exemple d’un Chris Moneymaker surgi de nulle part raflant le pactole lors du Main Event des WSOP 2003 a de quoi faire tourner la tête à plus d’un débutant. Le monde récent du poker regorge de ces belles histoires propres à susciter l’envie des millions de joueurs de l’ombre. Si la plupart des pratiquants considèrent le poker comme un loisir, et un moyen ludique de gagner un peu d’argent, certains se mettent en tête qu’ils peuvent facilement vivre de leur passion. Une passion qui peut rapidement virer à la fixation. Gare aux désillusions!

L’addiction au jeu est une dépendance comportementale dont les ressorts sont complexes. Les spécialistes divergent sur l’existence de mécanismes physiologiques. Certains pensent que les différents neurotransmetteurs, comme les endorphines ou la dopamine, joueraient un rôle clé dans l'apparition de la dépendance. Ces substances, une sorte d’opium naturel, sont également produites par l’organisme lors de la prise de drogues. Les psychologues eux, préfèrent s'intéresser à la personnalité des ludopathes. Si chaque cas est différent, les joueurs pathologiques présentent néanmoins beaucoup de points communs. Souvent, leur problème est antérieur à la rencontre du jeu, qui fait office de révélateur. Il s’agit principalement de personnalités fragiles, anxieuses voire dépressives qui trouvent dans cette activité ludique un refuge pour échapper à une réalité difficile. L’ennui et la solitude peuvent aussi amener une personne à jouer pour remplir le vide de sa vie. Enfin, le jeu renvoie immanquablement à l’enfance, et l’immaturité est un trait de caractère que l’on retrouve fréquemment chez les joueurs compulsifs. L'élément déclencheur d’un comportement pathologique est généralement l’euphorie, la montée d’adrénaline ressentie lors d’un premier gain. Exalté, le sujet va se mettre à jouer de plus en plus souvent… et fatalement va commencer à perdre. Mais persuadé que « sa » chance va revenir, il aura tendance à augmenter la mise pour récupérer ses pertes. Ce besoin de « se refaire » est le moteur de la dépendance, un leitmotiv partagé par l’ensemble des addicts. Christophe est tombé dans cet engrenage infernal il y a trois ans, à la suite d’une rupture douloureuse. Cet employé parisien d’une trentaine d’années a perdu plus de 30 000€, essentiellement en jouant sur internet. « J’ai débuté le poker online parce que j’avais besoin d’argent pour voyager. J’ai gagné dès la première fois, mais j’en voulais beaucoup plus. On se croit le meilleur quand on joue au poker ! Je pensais être plus malin que les autres... Même si je perdais, j’étais persuadé que j’allais finir par récupérer tout ce que j’avais perdu. Certains soirs, je dépensais 1 500€. Je n’arrêtais que lorsque mon plafond de paiement était atteint. A la fin, je jouais pour gagner 2 000€ par jour. Je n’avais plus la valeur de l’argent. »

Montée en puissance

Le jeune homme s’en est sorti en quelques mois grâce à l’intervention de son entourage auprès d’Adictel, une structure privée devenue la référence de l’aide aux joueurs dépendants. Parmi eux, les mordus de poker ne sont encore qu’une minorité, de l’ordre de 5%. Mais selon Carole Morlec, psychologue référente d’Adictel, il faut s’attendre à une montée en puissance du phénomène. « A partir du moment où l’offre ne cesse d’augmenter, cela va forcément créer de la dépendance. C’est devenu tellement facile de jouer au poker que la tentation est grande. » Même inquiétude chez S.O.S. Joueurs, une association qui œuvre depuis 1990. « Nous n’avons pas encore assez de recul par rapport à l’explosion du poker, avance la psychologue Armelle Achour. On a trop peu de cas pour en tirer des enseignements. Mais il est évident que des joueurs vont se retrouver accros et vont s’enfoncer dans la spirale. » Car il existe certains traits propres aux joueurs de poker. « Je pense que dans le poker, il y a un besoin d’affirmer sa toute puissance face aux autres, explique Carole Morlec. Les joueurs de poker ont un ego très affirmé, et un réel besoin de domination. » L’addiction est alors d’autant plus facile que ce jeu de stratégie titille davantage l’orgueil qu’un jeu de hasard pur… Ce n'est peut-être pas un hasard justement si les accros aux cartes et aux jetons ont souvent une fâcheuse tendance à associer plusieurs dépendances (tabac, alcool, voire cannabis).

Parfois jusqu’au suicide

La fièvre du jeu engendre beaucoup de souffrance pour le sujet et son entourage. Outre l’hémorragie financière et le surendettement, les conséquences du jeu excessif peuvent être désastreuses : éclatement de la structure familiale, isolement social voire marginalisation, perte d’emploi, mal-être profond (angoisses, sentiment de honte, de culpabilité). « J’ai totalement perdu confiance en moi, j’avais des idées noires. Je mentais à tout le monde, à ma famille et à mes amis, se souvient Christophe. Personne ne pouvait me comprendre, et de toute façon je n’avais plus le temps d’entretenir des relations, je ne décrochais même plus le téléphone. J’avais totalement disparu. » Dans les cas les plus extrêmes, certains malades du jeu vont jusqu’à voler de l’argent ou se prostituer pour assouvir leur pulsion. Quant aux tentatives de suicide, elles ne sont pas rares.

En France, il n’existe aucun chiffre fiable recensant les joueurs dépendants. Seul indicateur disponible : plus de 30 000 personnes sont inscrites au fichier des interdits de jeux tenu par le ministère de l’Intérieur, une liste qui s'allonge de manière exponentielle ces dernières années. Mais en se basant sur les études réalisées à l’étranger, on peut estimer les accros du « gambling » à environ 300 000. Pourtant, la prévention des risques liés au jeu est aujourd’hui minime par rapport aux campagnes anti-tabac ou anti-drogues. Les pouvoirs publics ont beaucoup tardé à prendre la mesure d'un phénomène encore très peu étudié dans l'hexagone. Une étude de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) sur les joueurs dépendants vient seulement d’être commandée par la Direction générale de la Santé. Parallèlement, le ministère de la Santé vient enfin de reconnaître le jeu excessif comme un problème de santé publique. Le plan contre les addictions, présenté en novembre dernier par le ministre Xavier Bertrand, prend en compte cette problématique, au même titre que le tabac ou les drogues. Une enveloppe globale de 385 millions d’euros doit être consacrée à ce programme de lutte sur 5 ans. Mais pour quels résultats ? Les professionnels du secteur sont sceptiques. « Notre existence prouve que l’Etat ne fait rien ! » s’insurge Eric Bouhanna, le fondateur d’Adictel. Lancée il y a trois ans, la société met à la disposition des joueurs compulsifs un numéro vert accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. A la clé, un suivi psychologique personnalisé ainsi que des groupes de parole sur le modèle des Alcooliques Anonymes. Le dispositif fonctionne grâce au seul financement des opérateurs de jeu volontaires (Adictel revendique 137 établissements adhérents, casinos physiques ou en ligne). Pour Eric Bouhanna, il n’y a qu’un seul moyen efficace pour stopper la fuite en avant des joueurs accros: l’interdiction de jeu. « 99% des gens qui nous appellent veulent qu’on leur "passe les menottes", c'est-à-dire qu’on les empêche de rejouer. J’ai les moyens de faire interdire n’importe quel joueur dans la plupart des casinos, des cercles de jeu et sur les plus gros sites de poker en ligne. » C’est seulement ensuite qu’intervient le suivi psychologique. « Une thérapie est nécessaire mais le joueur doit être volontaire, affirme Carole Morlec. S’en sortir demande beaucoup d’énergie et de détermination. C’est difficile, il y a des hauts et des bas, parfois des rechutes. Mais la guérison est à ce prix. »

5 500 joueurs sont aidés chaque année par l’équipe d’Adictel, pour un taux d’échec d’environ 25%. Pour éviter d'atteindre le point de non-retour, mieux vaut donc être vigilant avec le jeu, qui ne doit rester qu'un plaisir à consommer avec modération. La campagne de sensibilisation lancée récemment par la Française des Jeux pourrait d'ailleurs très bien s’appliquer au poker : « restez maître du jeu, fixez vos limites ».

N.O.

  • Adictel : 0805 02 00 00, 24h/24 7j/7 (gratuit depuis un fixe)
  • S.O.S. Joueurs : 0810 600 115 (Numéro Azur)

dimanche 4 mars 2007

WSOP : si près du but...

Je ressens ce matin un léger sentiment de déception, teinté de frustration. La nuit dernière, j'ai bataillé pendant plus de six heures sur PokerStars dans un satellite à entrée directe pour le Main Event des WSOP 2007 (Buy-in 4000 FPP, tournoi deep stack). Cette place, je l'avais gagnée il y a quelques jours dans un premier satellite (400 FPP) où j'avais terminé largement chip leader (11 qualifiés sur 110).

Cette fois, 506 joueurs au départ pour seulement 2 packages (valeur 12000 $). Après un très beau parcours, j'échoue finalement à la 22ème place... Dur à digérer, car j'ai été 3ème en chips pendant quelques minutes, alors qu'il restait une quarantaine de joueurs en course. Mais je suis passé short-stack au plus mauvais moment, après un bad beat KK vs KK vs AQ qui trouve son brelan de Dames. Il ne me restait alors plus qu'à envoyer mon tapis à la première occasion. Ce fut avec A5 offsuited, payé par le chipleader du tournoi (KQo qui fait paire de Rois).

Côté statistiques, j'ai joué 401 mains en 6h15 de tournoi, vu 115 flops (= 28%, ce qui doit être mon record absolu), et gagné 63 pots dont 19 sur 27 à l'abattage (70%).

Malgré mon amertume (je n'avais jamais entrevu le pactole d'aussi près), j'essaye de ne retenir que le positif. Pour la première fois, j'ai connu l'adrénaline d'un grand rendez-vous. Je pense avoir joué mon meilleur poker, même si j'ai forcément commis quelques petites erreurs. Hélas, ayant oublié de sauvegarder le hand history, je ne pourrai pas vous détailler les coups les plus intéressants. Ce que je retiens surtout c'est que décrocher un billet pour les mythiques World Series n'est pas forcément mission impossible...

J'en profite pour remercier Marc et Greg de la team Graoully de m'avoir encouragé pendant cette épreuve.

PokerStars WSOP Sat - freeroll 4000 FPP
22ème sur 506
Prize money : 0