jeudi 21 décembre 2006

Patrick Bruel chez les R.G.

La lutte des autorités contre le poker commence à prendre des allures de chasse aux sorcières. Parallèlement au projet de loi Sarkozy sur la prévention de la délinquance (bientôt en deuxième lecture au Sénat), qui durcit la lutte contre les jeux d'argent illégaux sur internet, les R.G. continuent à suivre de près le milieu du poker. Dernier exemple en date, et pas des moindres : l'audition de Patrick Bruel. Véritable ambassadeur du jeu en France depuis près de deux ans, le chanteur a été entendu ce mercredi à la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG). Une audition effectuée dans le cadre d'une enquête visant le site de poker en ligne Winamax. L'interrogatoire aurait duré deux à trois heures. La DCRG a été chargée de vérifier si le site Winamax, auquel le chanteur prête son image, est en infraction avec la législation en vigueur. Rappelons que selon la loi, le poker avec mises d'argent n'est autorisé que dans la quinzaine de cercles de jeux français et prochainement dans les 193 casinos.

Si cet entretien (que j'imagine assorti d'une légère mise au point et d'un rappel à la loi) n'a pas été accompagné de mesures coercitives comme une garde à vue, c'est néanmoins un signe fort envoyé
à l'opinion publique, et aux centaines de milliers de joueurs de l'hexagone. En s'attaquant symboliquement à l'icône médiatique du poker français, les autorités stigmatisent plus que jamais notre passion. Histoire de nous rappeler que nous sommes tous des délinquants.



vendredi 8 décembre 2006

Un peu de cash

Après des mois de désaffection pour le cash game, j'y reviens progressivement. Les gains amassés depuis quelques semaines au cercle de jeu rémois ont achevé de me redonner le goût des "parties libres". J'élabore peu à peu ma stratégie propre au cash game. J'essaye de limiter les risques (et les bluffs), mais je m'autorise davantage de fantaisies qu'en tournoi (suivre ou relancer avec des mains marginales, quand ce n'est pas trop cher). Je n'hésite plus à jeter des grosses paires fermées manifestement battues, ou des tirages trop faibles. Je joue la position, la cote, et surtout je tente de m'adapter aux différents types de joueurs après les avoir étudiés attentivement. Enfin, quand j'estime avoir assez gagné, je me lève tout simplement, sans aucun scrupule. J'ai trop connu la frustration d'être à +500 et de finir la nuit à 0 voir à -200...

Malgré tout, une soirée de cash game se joue souvent à pas grand chose. Deux ou trois coups décisifs peuvent vous faire passer de +200€ à -400. Hier soir au Multi, je m'asseois à une table 30-200€ (blinds 1-2€). Cavé à 80€, je tombe rapidement à environ 35. Bien décidé à doubler rapidement ou à recaver, j'envoie tapis avec une paire de 8. Mon voisin de gauche surrelance à tapis, suivi deux fois. Je lui fais voir mes 8, il me montre les 9. Je suis déjà en train de chercher de nouveaux jetons au fond de mes poches quand je vois un 8 au flop...

Plus tard, nouvelle pocket 8. Je relance à 12€, suivi par deux joueurs dont un fish méga loose. Le flop est somptueux : 285 rainbow. J'ouvre à 20€, les deux suivent. Miam ! Le 2 du turn me donne le full max. Il me reste 43. Impossible de tout envoyer... Je fais mon numéro d'Actors Studio, avant de poser un jeton de 20 comme à contre-coeur. Le fish call. Un Roi à la rivière, il check, je mets les 23€ restants et il me paye...

Malgré ces deux sets de 8, et même un trips de 8 (décidément), mon stack joue au yoyo. Le type à ma gauche, un habitué plutôt tight me fait coucher la main gagnante. Il a relancé préflop, j'ai suivi avec KJo. Le Roi tombe au flop, mais je me contente de caller (peur d'AK et KQ). Au turn, il mise gros et je choisis de lâcher, il avait K9s et mon kicker le battait. Pas grave, il me le payera très cher peu après.

Je finis par recaver après avoir misé mon maigre tapis avec JTo payé par le A6o du fish. Je repars à 160€, et c'est là que survient LE coup qui va me faire gagner ma soirée. Je reçois 8h9d. Une main honorable dans un pot multiple (en tournoi, je la fold direct). Un type relance à 12€ et 6 joueurs suivent dont votre serviteur, qui touche les nuts au flop : 5d6s7d. Le premier de parole ouvre pour 10€, le preflop raiser relance à 25€, suivi deux fois. Je décide de poser un jeton noir de 100€ pour calmer tout le monde. Mais mon voisin de gauche dit tapis, 500€ ! Le premier de parole se couche, l'attaquant aussi (il avait les As), le fish idem. Mon voisin de droite, short stack, joue son tapis avec 7s9c, et je n'hésite pas une seconde à envoyer les 50 qu'il me reste. Logiquement, l'autre me montre 8d9h. On s'attend donc à partager... Mais les deux dernières cartes vont crucifier mon adversaire : 2d Jd !!! Avec une couleur au 9 contre une couleur au 8, je raffle ce pot énorme de plus de 400€. Un coup vraiment très chanceux, c'est peu de le dire.

Résultat final : un honnête +205€ en trois heures de jeu. Et une jolie série de quatre soirées gagnantes d'affilée. A suivre...

mercredi 6 décembre 2006

Satellite EPT : presque !

Parmi les nombreux chemins menant à l'EPT de Deauville (du 21 au 24 février 2007), on trouve les satellites du Club Poker disputés sur PokerStars. Chacun des douze tournois à 22$ qualifie plusieurs joueurs pour la finale du 15 février, dotée d'un package pour le French Open. Je m'inscris donc pour la troisième édition, où nous somme 36 pour 3 places. La structure est idéale : 2500 chips, rounds de 15 minutes.

Blinds 10-20, je touche AKs au SB et relance à 120, suivi par le BB. J'ouvre logiquement à 270 sur le flop 8K6, et je suis payé. Turn 9. Je mise 600, à nouveau suivi par mon voisin de gauche. River T. Je me résous à checker, il dit tapis et je fold. Mauvaise entrée en matière, je n'ai plus que 1410...

Les blinds passent à 15-30, j'entre dans un coup en middle position avec 8h9h. Le pot n'est pas relancé et nous sommes quatre à voir le flop. Un flop surréaliste pour moi : 6hTh7h !!! Je viens de flopper une magnifique quinte flush imbattable et invisible. Reste à la faire payer... Le SB ouvre à 60, on est deux à suivre. Le turn est un Roi de pique. Le SB mise 120, je tente une relance à 240, le troisième fold et le blindeur paye. Dame de pique à la rivière, il check et j'envoie 480 dans un pot de 780. Le plan fonctionne à merveille, il me relance à tapis et je rajoute les 600. Il n'avait qu'une paire de 10. Nice hand, me voilà à 2940. C'est le point de départ d'une ascension régulière qui va me conduire jusqu'à la table finale.

Blinds 25-50, je touche une paire de Valets en latest position. Un joueur en début de parole a relancé à 150. Je mise 400, c'est callé. Flop 2K3. Il check, je lui demande son tapis (650) et il fold.

Avec ATo en début de parole, je suis la blind et la relance du BB à 200. Le flop T86 me plaît bien. Il ouvre à 250, je fais 500, il call. Le turn est un 7. Il check, je bet 1000 et gagne. A la main suivante, je refais le même coup avec AQo au BB. Le cut-off me relance à 200, je le suis et touche encore mon flop : 9Q5. Premier à parler, je mise 200, il raise 600, je vais all-in et il abandonne.

Les blinds sont désormais à 50-100. Je reçois 88 en début de parole et décide de suivre la blind. Le pot n'est pas relancé et 5 joueurs sont dans le coup. Tc3d6d au flop. Après deux check, j'ouvre à 200. Tout le monde se couche jusqu'au cut-off, short stack, qui met sa boîte pour 825. Je rajoute les 625. Il a Ad7d soit un tirage couleur max. Mais aucun As ni aucun carreau ne viendra le sauver. Avec 6130, je deviens chipleader du tournoi.

Ensuite, je perds 900 chips dans une mauvaise rencontre TT/QQ sur board J3A4J, un moindre mal. Je remonte un peu avec une nouvelle pocket 8 en réussissant un arrachage sur un board JA94. En fait, je gagne quasiment tous les coups dans lesquels je m'engage. La preuve, avec A9o au bouton. Les blinds sont à 75-150. Je relance à 600 pour voler mais je suis suivi par un joueur en middle position. Avec 9Q9 au flop, ce pot sera encore pour moi. Il check, j'ouvre à 750, il me relance à 1500. J'hésite à payer sec mais je n'ai pas envie de prendre le risque de voir une quinte. Ce sera tapis, il fold immédiatement. J'ai 7680 en chips, 1er sur 25 (moyenne à 3600).

Mon stack me permet de réaliser de jolis bluffs. Comme avec KQo au cut-off, où je me contente de suivre une relance. Mon adversaire ne bouge pas sur le flop 943 rainbow. Un As arrive au turn, il bet 150 sans conviction avant de se coucher sur ma relance à 450.

Puis, UTG +1, je paye la blind avec KhJh. 4 joueurs en course sur le flop 2hJc5h. Top paire et gros tirage couleur... Décidément, les cartes sont avec moi. Un type ouvre à 450, je relance à 1200 et remporte le pot. Un coup décisif arrive deux mains plus tard. Au SB avec KJo, je suis les 600 de la relance du cut-off, car je l'ai identifié comme étant un joueur agressif assez large. On check tous les deux sur le flop 235. Un Valet au turn. Je mise 900, il envoie son tapis 2325. Je n'ai que 1425 à rajouter... Je ne le vois pas sur une paire fermée, car il aurait bougé au flop. Aurait-il AJ ou A4 ? Ma décision est contestable mais je call. Bien vu, il n'a que Q9o. Pas de Dame au river et je passe à 11500.

Les joueurs ne se risquent guère à m'affronter. Quant l'un d'eux relance préflop, il me suffit souvent de reraiser pour arracher le pot. Ce que je fais avec 99 au BB, ou JJ au bouton. Je n'hésite pas non plus à liquider les petits tapis quand l'occasion se présente. Exemple avec QJs, contre un J9 qui ne fera pas de miracle. Je gagne aussi pas mal de petits pots, avec la top paire du flop ou en pur bluff. Même quand je m'embarque dans un bluff douteux avec un tirage quinte ventral, je touche la carte miracle ! Bref, mon stack augmente de façon linéaire jusqu'à cette fameuse table finale où j'entre chipleader avec 19k. Les suivants sont à 13k, 12,5k et 12k. Les blinds arrivent à 300-600 (sans parler des antes). Et là, tout va commencer à dérailler.

Je commence par perdre 1800 en suivant une relance avec une pocket 6 qui ne trouve pas son flop. Plus grave, j'abandonne 3500 dans une mauvaise rencontre. Je suis au BB avec A8, le pot n'est pas relancé et mon adversaire attaque quand un As tombe au turn. Je le relance, il suit. J'ouvre à la rivière, il call et gagne avec AT (meilleur kicker). Aïe, je passe 2ème. La chance semble m'abandonner : ma relance préflop avec QQ n'est pas suivie. Et je partage un gros pot avec AJ contre A6 sur board 23238. Heureusement, je remonte un peu en relançant préflop avec AA, suivi deux fois. A8Q rainbow au flop, je commets l'erreur d'ouvrir à 600 (minimum bet) et fais coucher tout le monde. Mon stack reste scotché entre 15 et 17k, alors que deux joueurs dépassent maintenant les 20k... Ca commence à sentir le roussi. Surtout avec des blinds qui passent à 400-800. Comme souvent dans un mauvais cycle, je commence à faire des erreurs. Avec KJo je paye 3200 préflop, la relance d'un joueur qui n'a pas fait un moove depuis le début. Pas de miracle au flop : 747. Il va all-in pour 6000 et évidemment je passe. Je suis bientôt 4ème sur 7, aux portes des trois places qualificatives. Et même 5ème sur 5 après plusieurs tours de table à toucher des poubelles (63s, T5o...).

Je hisse mon stack de 13k à 15k grâce à un bluff osé avec K2o au SB. Je raise 1600, suivi par le BB. Flop 568, je bet 1600, l'autre call aussitôt. Un As au turn, je mise 2400 et... ouf ! Il passe. Puis, je touche AQo au SB. Le dealer a fait 2400, je lui mets 5600 et ça gagne. Petite lueur d'espoir : je suis 3ème avec 17k.

Les blinds atteignent alors 500-1000. J'ai Ad3d au bouton. Je raise à 3k, mais le BB (chipleader avec 40k) reraise à 7k. Alors que je devrais folder direct, je paye... Le flop est Ts3h4s. Il mise 8k. Priant pour voir AK ou AQ (ok c'est peu probable), je boîte à 10,8k qu'il paye avec... KK. Le turn est un 2, et il me faut donc un As, un 3 ou un 5 à la rivière pour gagner (10 outs). Ce sera encore un 2, et je finis 5ème avec un brin d'amertume. J'ai tellement dominé ce tournoi... Mais avec du recul, je n'ai peut-être pas su serrer le jeu en table finale, quand la réussite m'a quitté.

Tournoi Club Poker EPT Qualifier III - 20$+2
5ème sur 36
Prize money : 22 $